LES MARRAINES! Les Cailloux Centenaire 1990 – Châteauneuf du Pape; Les Sentiers 1990 – Chambolle Musigny 1er Cru; Clos de la Barre 1990 – Volnay 1er Cru; La Guiraude 1990 – Crozes Hermitage; Les Caillerets 1992 – Chassagne Montrachet 1er Cru blanc

Voici les quelques « Bouteilles-Totem » aux souvenirs et pouvoirs magiques disposées aux points cardinaux de la cave dans le but de flatter, de contenter notre divinité Bacchus et bénéficier de sa majestueuse protection. Chacune de ces « Marraines » fut débouchée dans un esprit de brillante excitation et de conviviale passion et chacune restera ancrée dans la mémoire subtile et intime des sens. De ces vins qui  font vibrer et enivrent d’émotions plus que d’alcoolémies…

Les Cailloux 1990 Châteauneuf du Pape Lucien et Andre BrunelLes Cailloux 1990 Cuvée Centenaire
Châteauneuf du Pape
L. & A. Brunel

Chambolle Musigny Les Sentiers 1990 Domaine Robert Groffier Morey Saint DenisLes Sentiers 1990
Chambolle Musigny 1er cru
Domaine R. Groffier


Volnay 1er Cru Clos de la Barre 1990 Pascal Bouley
Clos de la Barre 1990
Volnay 1er cru
R. & P. Bouley

J’aimerais exprimer le souvenir de ces trois vins en juxtaposant des mots plutôt opposés ou paraissant dissemblables (mais le sont-ils vraiment… ?) afin de donner une idée malheureusement vague de cette grande vibration qu’ils procurent, de cette dimension qu’ils atteignent : profond/délicat ou intense/aérien ou encore puissance/légèreté…Le commun dénominateur des grands vins appréciés après quelques années de patience est d’annihiler toute description uniquement technique et froide au profit d’une analyse plutôt sensorielle plus proche de l’harmonie qu’ils dégagent et de la relation plus étroite avec le plat ainsi qu’une immédiate présence et une longueur dont on ne peut se lasser…

Je me souviens du Châteauneuf associé à un cuissot de Biche; le flot d’épices, de notes suaves de fruits rouges avec une texture terreuse, douce et chaude se mariant idéalement avec ce gibier si intense et fin à la fois.

Le Chambolle, je pourrais plutôt le décrire comme un immense verger en pleine floraison, des senteurs aériennes de pollens mais comme composées de fleurs fraîches et fanées à la fois…, avec une bouche plus stricte mais très rafraîchissante et d’une jeunesse encore étincelante ! Magique et infini !

J’avoue une relation spéciale avec le Volnay…il fut pour moi le sésame de mon introduction aux très grands Bourgognes. J’avais été invité au sein d’un petit club d’amis passionnés de grands vins pour un dîner-dégustation où chacun amenait sa bouteille en respectant le thème de la soirée.  Ce soir là, le millésime 1990 devait être à l’honneur! J’avais donc amené cette bouteille de Volnay. Ce moment devait former mon palais à jamais. Nous commençâmes par un blanc, un Meursault 1990 1er cru Perrières de Coche-Dury …quelle entrée en matière et quelle surprise merveilleuse, moi qui avais dans ma cave quelques Meursaults de ce domaine mais qui n’en avais pas encore fait l’expérience…Nous dégustâmes ensuite cinq Pinot Noir à l’aveugle (dont le mien) et je fus alors plongé dans un monde de saveurs insoupçonnées… Je connaissais et appréciais déjà beaucoup la Bourgogne mais je sentais bien que le niveau s’était élevé très haut ce soir-là, au point ahurissant où sachant que nous dégustions des Pinot Noir, je ne reconnaissais pas le cépage…C’est dire la puissance du terroir quand le vigneron traduit au mieux son potentiel !

Je me souviens de chacun des vins alors que cette soirée se déroula il y plus bien plus de dix ans…Mazis Chambertin Grand Cru 1990 de Maume, Charmes Chambertin Grand Cru 1990 de Geantet-Pansiot, Volnay Santenots 1er Cru 1990 des Comtes Lafon et ….Vosne Romanée Cros Parantoux 1er Cru 1990 de Jayer et… mon Volnay comme un petit satellite au milieu de toutes ces immenses planètes ! Notamment Henri Jayer bien sûr, quelle immense sensation, j’étais tellement perdu en le dégustant, tellement pris au dépourvu, renversé par sa puissance et son velouté, sa rage et son délice, son jaillissement et son introspection ! J’étais doublement impressionné puisque nouvellement admis dans ce sérail de palais fins et j’attendais avec appréhension l’avis de tous concernant le vin que j’avais amené…et l’avis fut plutôt très bon puisque jugé plus « naturel » et moins technique que le Volnay Santenots…ouf…j’étais admis dans leur cercle restreint et il y eut d’autres soirées inoubliables!

Ce Volnay Clos de la Barre 1990 fut encore une très heureuse bouteille puisque j’en ouvris une autre aux fêtes dernières (Noël 2010) et il nous livra un immense plaisir avec ses parfums envoûtants de petites fleurs séchées, sa texture fondante, savoureuse et ses goûts de fruits rouges macérés et d’oranges douces.

 

La Guiraude Crozes Hermitage 1990 Alain GraillotLa Guiraude 1990
Crozes Hermitage
A.Graillot

La plus belle bouteille de toute la carrière de ce vigneron ? Peut être bien ! Dégusté récemment (2010), après 20 ans de patience en cave…après un passage en carafe de deux heures…un vin toujours concentré, très frais sur le poivre vert typique de la Syrah, impressionnant, un style massif, minéral, fumé mais s’ouvrant lentement et s’exprimant tout en droiture et longueur ! Un vin qui donnait quand même assez de lui-même pour procurer du plaisir mais avis à tous ceux qui ont la chance d’en avoir toujours quelques-unes (c’était ma dernière !)…gardez-le encore, ce vin ira bien plus loin!

Chassagne Montrachet Premier Cru Les Caillerets 1992 Domaine Ramonet

Les Caillerets 1992
Chassagne Montrachet 1er cru blanc
Domaine Ramonet

Voici un cocktail efficace et magnifique : prenez une parcelle de cailloux calcaires (Caille-) d’un certain roi en plus… (-rets) mais lequel…? on ne sait pas…, un millésime immense et un vigneron renommé. Dégusté récemment (début 2011) : Au nez, une présence immédiate, affirmée, beaucoup de fraîcheur et de vigueur, des notes juxtaposées et juteuses de citrons jaunes très mûrs et zestes fins de citrons verts s’ouvrant à l’aération et au réchauffement sur des notes plus chaleureuses de mirabelles mais toujours en bouche cette sensation de maintien, de colonne vertébrale très élancée et élégante. Et comme en parallèle je retrouve cette présence immédiate que nous avions au nez dans la longueur du vin… une signature cohérente à l’ouverture qui se déroule jusqu’au final…et qui se prolonge longtemps. Difficile de quitter ce vin après ce qu’il chuchote de merveilleux à mon oreille!

 

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